La première fois ou Lucas a dormi à la maison

12/11/2013 19:29

Je veux te raconter la première fois que Lucas est venu à la maison. Quand je dis « maison », je parle de l'appartement d'Aton, mon oncle.

Il faut d'abord que je vous dise que cet appart est aussi grand qu'original. Par exemple : mon lit, c'est un immense lit à colonnes en bois sculpté. Je dois monter sur un tabouret pour m'y installer ! Il y a dans le salon un aquarium couvrant un mur entier avec des poissons tropicaux et une énorme murène. La salle à manger est une salle attenante à la cuisine petite comme une boîte à chaussure.

Je dois vous dire aussi qu'Aton est très grand, véritablement costaud et est un peu atypique. Il a de grands yeux verts expressifs comme les miens et il ne parlait pas encore à l'époque.

Bref, dans l'ascenseur qui nous montait à l'appartement, je me suis aperçu que Lucas était mal à l'aise. Il farfouillait dans son sac. Il était rouge comme une tomate. Je pouvais voir de petites gouttes de sueur perler sur ses tempes et au-dessus de ses lèvres. Finalement au troisième étage, il a extirpé du fond de son sac un pain au chocolat écrasé dans un sachet de papier blanc.

— ça ne va pas ? me suis-je enquise.

Il a détourné les yeux et a enfourné la viennoiserie d'une traite dans sa bouche.

— Chepa, chko shan lout pfapjivé ! a claironné Lucas en souriant.

— Qu'est-ce que tu dis ?

Il a avalé d'un coup en faisant un drôle de bruit.

— Je dis que je suis sans doute fatigué, a marmonné Lucas en regardant ses pieds.

Quand on est rentré dans l'appartement Aton était en train de jouer au piano un prélude de Bach, je crois. Il chantait en même temps. Sa voix était, comme à son habitude) incroyablement mélodieuse passant des notes les plus aiguës aux tons les plus graves. Quand il nous a entendus dans l'entrée, il s'est arrêté net et le capot s'est refermé brutalement sur le clavier émettant un « boiiiing » désagréable. Lucas s'est carré derrière moi. Je me suis avancée vers Aton qui déjà s'élançait vers nous en souriant.

Pendant que j'embrassais mon oncle, Lucas regagnait lentement la porte en marche arrière. Il avait vraisemblablement peur d'Aton.

Celui-ci s'est avancé, a soulevé Lucas des deux mains, à un mètre du sol à peu près, en le tenant pas les épaules et a éclaté d’un rire puissant. Puis, soudainement, il l'a laissé tomber. Il a fait demi-tour et est parti à grands pas vers sa chambre.

Lucas, bouche bée en a perdu son sac à dos.

— Il est un peu spécial, mais il est très gentil, ai-je cru bon de préciser.

— Tu veux dire, il est génial ! J'avais un peu la pétoche en venant ici...

— Je m'en étais aperçu, ai-je coupé.

— J'avais entendu dire au Collège que ton oncle était une espèce de psychopathe dégénéré, mais ils ne le connaissent pas ! C'est un artiste et un... Il est très fort !

— Allez, pose tes affaires, on va à la cuisine. Aton nous a sans doute acheté des croissants pour dîner.

— Des croissants pour dîner ? a répété Lucas, intrigué.

— Oui, on mange ce qu'on veut ici et les repas peuvent être interchangés. Aton m'a expliqué que tout cela n'avait pas d'importance.

— Génial, j'adore ce type !

— Ah oui ? Essaie un peu de manger des huîtres au petit déjeuner !

Florence Cabre©

 

 

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